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Réels ou Imaginaires ? Mes récits sont un peu les deux, car il y a toujours une part de nous et donc de réel dans ce que l'on écrit ! Venez les lire et les commenter, je vous accueillerais avec plaisir !

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Le Manoir des Rêves - Part 2

Les jours suivants restèrent paisibles, mais Arnaud repensait toujours à ce fameux portrait, repassant inlassablement devant sous n’importe quel prétexte. Il ne se leurrait que lui-même et un jour il se décida à sortir le fameux pendentif, comme ça, juste en comparaison à celui de l’œuvre. Au moment d’ouvrir le tiroir, il entendit de nouveau la voix de son rêve : « Ouvre-toi ! ». Si douce, si pressante. Le visage du portrait lui passa devant les yeux, il en distinguait chaque trait, des cheveux très sombres jusqu’aux lèvres fines et rosées. Elle avait des yeux doux en amande et un port de tête volontaire. Son regard semblait vouloir lui dire quelque chose mais il secoua la tête comme pour la chasser de son souvenir et ouvrit brusquement la commode. Il était là, étrangement brillant, plus beau que dans le souvenir d’Arnaud. Pourquoi avait-il refusé de le porter ? Ce bijou n’a pas d’âge, se dit-il intérieurement. Il le prit dans ses mains et le plaça en hauteur, au niveau de ses yeux. Il brillait d’un fabuleux éclat et pourtant, il semblait si simple.

A le regarder plus longuement, Arnaud avait l’impression que plusieurs demi-lunes s’entrecroisaient, s’emmêlaient les unes aux autres. Il en était sûr, ce pendentif ne datait pas de cette époque, ni même du siècle dernier. Il devait être beaucoup plus ancien encore. Comment pouvait-il garder cet éclat après tant d’années traversées ? Il le passa autour du cou, et continua à regarder le médaillon, comme hypnotisé.

 

La porte claqua et il quitta un instant le bijou des yeux. Il ne se rappelait plus de rien, que faisait-il dans cette pièce, devant la commode, le médaillon de son parent autour du cou ? Il l’enleva précipitamment et le reposa à sa place d’origine, un peu paniqué et inquiet. Il ne comprenait plus rien. Il allait devoir se renseigner à propos de sa famille, du moins de la famille ayant vécue ici. Cette branche inconnue dont il n’avait jamais entendu parlé.

 

« Ouvre-toi !

Viens vers moi ! N’es pas peur !

- Laissez-moi, où-suis-je ?

- Le monde des rêves, Arnaud…

- Quels rêves ? D’où venez-vous, que me voulez-vous ?


-
Rejoins-moi, et tu comprendras…


-
Non ! Je veux savoir ! Ne partez pas ! Où allez-vous ? ! »

Elle était déjà partie. Il l’avait vu. Si petite. C’était la dame au portrait. Mais elle ne ressemblait plus à une humaine, elle avait des ailes, comme un personnage de légende,  comme un papillon. Il ne se réveilla pas en sursaut mais plutôt en douceur cette fois-ci. C’était elle qui était partie, elle ne l’avait pas effrayé comme la première fois. Il s’inquiétait car cela voulait dire que ce drôle de phénomène lui devenait familier. Comment pourrait-on le croire s’il en parlait ? Vers qui se tourner pour en savoir plus ?

 

Le lendemain, il se décida enfin à interroger les domestiques. Leurs regards semblaient suspicieux à chaque fois qu’il posait ses questions. Ils cachaient tous quelque chose, il en était sûr. Il trouva néanmoins un allié parmi eux. Tandis qu’ils faisaient encore le tour du domaine pour tenir compte des évolutions décidées, l’intendant tenta de répondre à Arnaud.

« La personne que représente ce tableau est une des ancêtres de la famille. Je ne me souviens pas de son nom, mais si vous le souhaitez messire, je peux essayer de parcourir les différents écrits conservés ici afin de retrouver une trace. D’après la légende qui circule depuis plusieurs dizaines d’années, elle aurait conclu un accord avec les conquérants de son époque afin de conserver ses terres, à l’encontre de son époux, prêt, lui, à laisser une partie de son territoire. Quelle était la nature de cet accord, nul ne s’en souvient vraiment. Ce n’est que rumeurs et rien n’est sûr, certains prétendent que c’est avec une entité maléfique, d’autres que c’est une histoire de couche et d’enfants…De toutes manières, cette histoire est trop ancienne pour être vérifiée dans sa totalité. Vous ai-je éclairé sire ?

- Oui, je vous remercie en plein, Bertrand. Vous avez été bien plus clair que les autres serviteurs.

- Il faut les pardonner. Votre prédécesseur, vers la fin de sa vie, commençait à délirer à ce propos et le sujet était tabou, car personne, même ses plus proches amis, ne devaient le découvrir. Ca aurait été la perte du domaine et de notre gagne pain.

- Le Comte David avait des hallucinations ?

- Oh ! Ceci et bien d’autres choses. Au début, cela a commencé par des visions uniquement, puis par la suite, il a commencé à parler tout seul, à dormir plus que de raison, jusqu’à en perdre le goût de manger et de vivre. Quiconque vivait avec lui ne savait pas trop comment faire et pour quelles raisons son état empirait. Il n’en parlait pas à ses domestiques, encore moins à ses proches. Il venait de moins en moins de monde au manoir. On peut dire qu’il s’est laissé mourir, en quelque sorte.

- Hum, je vois. J’espère que ce n’est pas une malédiction et que je n’en serais pas victime moi aussi. » Arnaud émit un petit rire crispé afin de cacher son inquiétude et sa gêne. « Et le médaillon ? Celui qu’elle porte autour du cou et qui m’a été confié en héritage par le notaire ? Vous en savez quelque chose ?

- Ca ! C’est une longue histoire ! Il le portait toujours sur lui, jamais on ne pouvait l’en séparer. Enfin, à ce que disait son valet. Même pour la toilette quotidienne. Ce bijou se transmet de génération en génération depuis des lustres, et les rumeurs parlent effectivement de malédiction… » L’intendant regarda Arnaud de biais afin de voir sa réaction. Celui-ci fronça alors les sourcils. « Tous ceux qui le portaient sont morts de négligence à leur personne ainsi que dans leur sommeil. »

 

La conversation s’arrêta et ils se séparèrent à la vue du manoir. Bertrand repartit à ses calculs et à ses lectures, tandis qu’Arnaud retourna dans son bureau pour réfléchir. Les dernières paroles de son intendant l’avaient troublé. Il se fit le serment secret de ne jamais plus passer le collier à son cou. Il ne voulait pas répéter l’histoire et faire parti des futures rumeurs du domaine.

Il continua néanmoins ses recherches. Son nouveau confident lui annonça, deux jours plus tard, le nom de l’inconnue : Annia, épouse d’Eric, le premier propriétaire du territoire. La nuit suivante, elle lui réapparut dans ses rêves. Elle se faisait plus distincte encore, plus proche.

« Ouvre-toi !

Viens à moi !

- Annia ? »

Le silence s’installa un instant, un silence lourd.

 

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