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Nouvelles

Lundi 11 septembre 2006

« Comment connais-tu mon nom ?

- Je me suis renseigné. Pourquoi veux-tu que je te suive ? Quelle est ton histoire ?

- Pour accomplir la prophétie, il faut que tu me suives, tu n’as pas à en savoir plus.

- Je ne te suivrais que lorsque tu m’auras révélé la raison de ta présence dans ce monde, et pourquoi tu hantes les rêves de tous tes descendants jusqu’à leur mort. »

Le silence se fit de nouveau, et elle disparut un instant à la vue d’Arnaud, pour réapparaître derrière lui. Elle chuchota :

« Les esprits qui m’accompagnent t’accordent une faveur Arnaud…

- Tu vois quand tu veux, tu peux faire des efforts ! », plaisanta le jeune homme.

« Ne sois pas si familier, ou alors, je déciderais autrement de ton sort ! »

Elle se mit à tourner autour de lui, toujours en volant. Elle avait la taille d’un oiseau, une lumière vive l’entourait. Arnaud la trouvait resplendissante, une vraie déesse, se dit-il. Lorsqu’elle fut plus proche, il remarqua le médaillon autour de son cou. Beaucoup plus petit, certes, car proportionnel à sa taille, mais il le reconnaissait. Il regarda alors le sien, et constata qu’il le portait lui aussi. Comment cela pouvait-il être possible ? Il ne se rappelait pas l’avoir pris. Mais autre chose le troubla plus encore. Il n’était pas non plus vêtu comme à son habitude. Ses vêtements semblaient sortir d’une autre époque. Il portait une toge blanche et bleue, tenue par une fibule à son épaule.

« D’où vient cette magie, Annia ?

- C’est le monde du rêve, Arnaud. Une fois libérées, les âmes entrent dans un monde fabuleux, celui des songes et elles viennent hanter les rêves de ceux encore emprisonnés par leur corps ingrat ! Je suis là pour libérer mes successeurs…

- Mais ce sera la fin de notre lignée ! Comment peux-tu permettre cela ?

- Non, mon bel ami. Les âmes sont faites pour être libérées et pour vivre en harmonie, les unes avec les autres. Nous sommes tous réunis ici, et cela n’est possible que de ce côté.

- NON ! », cria Arnaud. « Je suis fait pour le monde des vivants ! Pas pour un simulacre de vie harmonieuse ! Je me sens bien là où je suis ! J’ai encore beaucoup de choses à faire, à découvrir, à vivre ! Pourquoi …

- Ca suffit ! Assez palabrer ! Passons à la suite. Si tu me suis, tu pourras alors découvrir tout ce que tu souhaites ! Ce monde est merveilleux Arnaud, tu ne peux même pas imaginer à quel point ce monde est vaste et accueillant. Tu peux y réaliser tous tes rêves, tous tes désirs, et même jusqu’à changer ton apparence. Regarde-moi, à quoi je ressemble. N’est-ce pas fantastique ?

- Pour le moment, je ne vois qu’un fantôme qui veut me faire passer de vie à trépas en la suivant dans un monde qui n’existe pas ! Tu veux me rendre fou, Annia ! LAISSE-MOI ! »

Arnaud se réveilla alors en sursaut, comme la première nuit, complètement en sueur et paniqué. Il était habillé normalement, en vêtements de nuit et le bijou autour de son cou avait disparu. Il se dirigea vers la commode où il l’avait remis quelques jours plus tôt. Il était toujours à sa place, mais quelque chose avait changé. Il était cette fois ci entouré d’un cercle où était gravées des inscriptions. Il le prit dans sa main et essaya de les lire. Les mots s’effaçaient petit à petit mais le cercle restait, lui. Il put néanmoins déchiffrer deux mots : Annia et serment. Le jeune homme se dit que cela devait être lié à la légende dont Bertrand lui avait parlé. Mais à qui avait-elle fait cette promesse, à qui devait-elle un tel sacrifice ? Le sacrifice de toute une famille, à travers plusieurs générations.

 

Cette nuit-là, Arnaud décida d’appeler lui-même la créature de ses rêves. Il s’endormit comme à son habitude mais cette fois-ci en pensant à Annia. Il espérait ainsi la faire venir à lui, la contrôler. Mais cela ne fonctionna pas. La nuit suivante, il fit de même, persuadé qu’à un moment donné, elle faiblirait et l’écouterait.

Elle n’arriva qu’au  bout de plusieurs tentatives. Il prononça son nom avec les lèvres plutôt que seulement y penser.

« Annia ?

- Que me veux-tu Arnaud ? Tu m’as dit de te laisser la dernière fois. Aurais-tu changé d’avis ?

- J’ai besoin de te parler, d’en savoir plus. Je suis sûr que je peux t’aider. Dis-moi ce que signifient les inscriptions sur le pendentif. Quelle promesse as-tu faite en échange des terres de notre famille ?

- Tu poses beaucoup trop de questions Arnaud. Mais je pense que je te dois bien ça. Tu es le seul à les avoir posé. Tous les autres ont cru pouvoir exaucer leur vœu le plus cher en me suivant, des vœux de pouvoir et de richesse. Alors que toi, tu veux comprendre. Tu ne cherches pas pour des raisons égoïstes.

- Dis-moi, Annia. Pourquoi tous ces sacrifices ? »

Annia baissa la tête. Elle semblait tout d’un coup moins joyeuse, moins souriante. Un air désabusé traversa ses lèvres.

« Eric tenait tellement à son domaine. Alors lorsque les troupes sont arrivées ici, je suis tout d’abord allée voir le sorcier du village voisin. Je voulais qu’il m’aide à trouver une solution. C’est là qu’il m’a parlé d’un charme. Je devais me rendre dans le camp ennemi, pour y exposer mon désir de conserver mes terres, et offrir un présent à leur chef. Ce qui m’empêcha de le réaliser rapidement, c’est qu’il fallait faire un autre présent en retour. Celui de la chair et du sang…


-
Un sacrifice humain ?

- Oui, mais assez particulier. Je…J’ai du mal à en parler, tu comprendras en entendant la suite. J’ai demandé au sorcier qu’il fasse le charme, le médaillon que tu vois autour de mon cou et qui a été légué à tous nos descendants. Une fois réalisé, je me suis rendu chez nos envahisseurs. J’ai supplié leur chef, il n’a rien voulu entendre. Alors, j’ai mis le collier et je l’ai…charmé à ma manière. En lui donnant mon corps, j’espérais enfanter par la suite et pouvoir accomplir la promesse faite aux dieux suite à la réalisation du charme. Mais le sorcier ne m’avait pas tout dit. Nous avons conservé nos terres, nous avons eu un enfant. Un petit que Eric croyait de lui mais dont je portais le poids chaque jour. Plus il grandissait, plus je me refusais à le sacrifier. Mais le pire n’était pas arrivé. Lorsque nous avons eut notre second enfant, les choses changèrent. Les troupes revinrent nous assaillir. Le charme n’avait pas fonctionné alors j’ai dû prendre une décision.

- Tu as sacrifié l’enfant ?


Oui, mais il fallait le faire d’une certaine manière. Je me suis rendue à leur campement, tenant le petit par la main. Puis j’ai annoncé la paternité à ce chef barbare. Il s’est alors mis dans une colère noire. Il nous a tués, l’enfant et moi, en nous maudissant dans sa langue. Le sacrifice avait été réalisé et la promesse serait tenue. Nos corps ont été ramenés à Eric, mutilés, avec l’explication de ma faute. Il a pu conserver les terres, les troupes sont toutes reparties le lendemain. Personne n’a su pour le charme. Le médaillon est resté ici, dans la villa, et la malédiction a continué.


-
Mais cela fait donc des siècles ! Comment notre lignée ne s’est-elle pas éteinte ? Tu t’es sacrifiée et ton enfant avec, pourquoi cela doit-il continuer ?


Nous avons été maudits. Je n’est pas compris tout de suite ses paroles, mais une fois morte, je suis entrée dans ce drôle de monde. Je dois donc errer et emmener avec moi au moins une personne par génération. Ou du moins une personne par famille habitant nos terres.


-
C’est donc pour cela. Combien de générations encore avant que ce calvaire ne se termine ?


Je ne sais pas. Peut être après toi, peut être encore plusieurs. Les esprits qui me retiennent ici ne le savent pas eux même. Mais rassure-toi, à bien y réfléchir, ton tour viendra lorsqu’il sera temps. »

 

La nuit s’acheva paisiblement sur leur discussion. Arnaud se réveilla soucieux. Combien de temps encore pourra-t-il le faire ?

Annia tint ses promesses. Elle lui rendit visite une fois de temps en temps en attendant son heure. Arnaud put fonder une famille, une jolie épouse et quatre beaux enfants à qui il ne parla jamais de ce qui pourrait leur arriver, au détour d’une belle nuit étoilée.

 

« Viens maintenant !

Ouvre-toi aux mondes des rêves ! Ouvre-toi à moi et rejoins-nous ! Nous les esprits de la nuit et du rêve… »

 

Arnaud suivit Annia. Il avait revêtu une toge blanche et bleue, spécialement pour l’occasion, tenue à l’aide d’une fibule d’argent. Le médaillon était à son cou, plus lumineux que jamais et les inscriptions étaient réapparues. Il y était écrit :

 

Annia, épouse de Eric et maîtresse des rêves, fait le serment solennel devant les dieux de toujours protéger ses terres de toutes invasions, quoiqu’il en coûte et de quelques manières qu’il soit…

 

Sa femme et ses enfants le découvrirent ainsi sur son lit. Il était partit dans son sommeil. Son épouse ne sut pas pourquoi il portait ces vêtements, sûrement une de ses étranges lubies qui ne le quittaient plus depuis quelques années à présent. Il y avait juste un mot à côté de lui. Elle le prit dans sa main et le lit :

« A mes enfants : Plus jamais ça ! Souvenez-vous de Annia …et surtout, plus jamais ça ! »

Les yeux baignés de larmes, son plus jeune fils prit le médaillon dans ses mains. Il se mit à briller juste une seconde, le temps que l’enfant le pose à son cou. Personne ne vit rien, à part peut être, un petit papillon.

 

Par Opheliane
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Lundi 11 septembre 2006

Les jours suivants restèrent paisibles, mais Arnaud repensait toujours à ce fameux portrait, repassant inlassablement devant sous n’importe quel prétexte. Il ne se leurrait que lui-même et un jour il se décida à sortir le fameux pendentif, comme ça, juste en comparaison à celui de l’œuvre. Au moment d’ouvrir le tiroir, il entendit de nouveau la voix de son rêve : « Ouvre-toi ! ». Si douce, si pressante. Le visage du portrait lui passa devant les yeux, il en distinguait chaque trait, des cheveux très sombres jusqu’aux lèvres fines et rosées. Elle avait des yeux doux en amande et un port de tête volontaire. Son regard semblait vouloir lui dire quelque chose mais il secoua la tête comme pour la chasser de son souvenir et ouvrit brusquement la commode. Il était là, étrangement brillant, plus beau que dans le souvenir d’Arnaud. Pourquoi avait-il refusé de le porter ? Ce bijou n’a pas d’âge, se dit-il intérieurement. Il le prit dans ses mains et le plaça en hauteur, au niveau de ses yeux. Il brillait d’un fabuleux éclat et pourtant, il semblait si simple.

A le regarder plus longuement, Arnaud avait l’impression que plusieurs demi-lunes s’entrecroisaient, s’emmêlaient les unes aux autres. Il en était sûr, ce pendentif ne datait pas de cette époque, ni même du siècle dernier. Il devait être beaucoup plus ancien encore. Comment pouvait-il garder cet éclat après tant d’années traversées ? Il le passa autour du cou, et continua à regarder le médaillon, comme hypnotisé.

 

La porte claqua et il quitta un instant le bijou des yeux. Il ne se rappelait plus de rien, que faisait-il dans cette pièce, devant la commode, le médaillon de son parent autour du cou ? Il l’enleva précipitamment et le reposa à sa place d’origine, un peu paniqué et inquiet. Il ne comprenait plus rien. Il allait devoir se renseigner à propos de sa famille, du moins de la famille ayant vécue ici. Cette branche inconnue dont il n’avait jamais entendu parlé.

 

« Ouvre-toi !

Viens vers moi ! N’es pas peur !

- Laissez-moi, où-suis-je ?

- Le monde des rêves, Arnaud…

- Quels rêves ? D’où venez-vous, que me voulez-vous ?


-
Rejoins-moi, et tu comprendras…


-
Non ! Je veux savoir ! Ne partez pas ! Où allez-vous ? ! »

Elle était déjà partie. Il l’avait vu. Si petite. C’était la dame au portrait. Mais elle ne ressemblait plus à une humaine, elle avait des ailes, comme un personnage de légende,  comme un papillon. Il ne se réveilla pas en sursaut mais plutôt en douceur cette fois-ci. C’était elle qui était partie, elle ne l’avait pas effrayé comme la première fois. Il s’inquiétait car cela voulait dire que ce drôle de phénomène lui devenait familier. Comment pourrait-on le croire s’il en parlait ? Vers qui se tourner pour en savoir plus ?

 

Le lendemain, il se décida enfin à interroger les domestiques. Leurs regards semblaient suspicieux à chaque fois qu’il posait ses questions. Ils cachaient tous quelque chose, il en était sûr. Il trouva néanmoins un allié parmi eux. Tandis qu’ils faisaient encore le tour du domaine pour tenir compte des évolutions décidées, l’intendant tenta de répondre à Arnaud.

« La personne que représente ce tableau est une des ancêtres de la famille. Je ne me souviens pas de son nom, mais si vous le souhaitez messire, je peux essayer de parcourir les différents écrits conservés ici afin de retrouver une trace. D’après la légende qui circule depuis plusieurs dizaines d’années, elle aurait conclu un accord avec les conquérants de son époque afin de conserver ses terres, à l’encontre de son époux, prêt, lui, à laisser une partie de son territoire. Quelle était la nature de cet accord, nul ne s’en souvient vraiment. Ce n’est que rumeurs et rien n’est sûr, certains prétendent que c’est avec une entité maléfique, d’autres que c’est une histoire de couche et d’enfants…De toutes manières, cette histoire est trop ancienne pour être vérifiée dans sa totalité. Vous ai-je éclairé sire ?

- Oui, je vous remercie en plein, Bertrand. Vous avez été bien plus clair que les autres serviteurs.

- Il faut les pardonner. Votre prédécesseur, vers la fin de sa vie, commençait à délirer à ce propos et le sujet était tabou, car personne, même ses plus proches amis, ne devaient le découvrir. Ca aurait été la perte du domaine et de notre gagne pain.

- Le Comte David avait des hallucinations ?

- Oh ! Ceci et bien d’autres choses. Au début, cela a commencé par des visions uniquement, puis par la suite, il a commencé à parler tout seul, à dormir plus que de raison, jusqu’à en perdre le goût de manger et de vivre. Quiconque vivait avec lui ne savait pas trop comment faire et pour quelles raisons son état empirait. Il n’en parlait pas à ses domestiques, encore moins à ses proches. Il venait de moins en moins de monde au manoir. On peut dire qu’il s’est laissé mourir, en quelque sorte.

- Hum, je vois. J’espère que ce n’est pas une malédiction et que je n’en serais pas victime moi aussi. » Arnaud émit un petit rire crispé afin de cacher son inquiétude et sa gêne. « Et le médaillon ? Celui qu’elle porte autour du cou et qui m’a été confié en héritage par le notaire ? Vous en savez quelque chose ?

- Ca ! C’est une longue histoire ! Il le portait toujours sur lui, jamais on ne pouvait l’en séparer. Enfin, à ce que disait son valet. Même pour la toilette quotidienne. Ce bijou se transmet de génération en génération depuis des lustres, et les rumeurs parlent effectivement de malédiction… » L’intendant regarda Arnaud de biais afin de voir sa réaction. Celui-ci fronça alors les sourcils. « Tous ceux qui le portaient sont morts de négligence à leur personne ainsi que dans leur sommeil. »

 

La conversation s’arrêta et ils se séparèrent à la vue du manoir. Bertrand repartit à ses calculs et à ses lectures, tandis qu’Arnaud retourna dans son bureau pour réfléchir. Les dernières paroles de son intendant l’avaient troublé. Il se fit le serment secret de ne jamais plus passer le collier à son cou. Il ne voulait pas répéter l’histoire et faire parti des futures rumeurs du domaine.

Il continua néanmoins ses recherches. Son nouveau confident lui annonça, deux jours plus tard, le nom de l’inconnue : Annia, épouse d’Eric, le premier propriétaire du territoire. La nuit suivante, elle lui réapparut dans ses rêves. Elle se faisait plus distincte encore, plus proche.

« Ouvre-toi !

Viens à moi !

- Annia ? »

Le silence s’installa un instant, un silence lourd.

 

Par Opheliane
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Lundi 11 septembre 2006
Voici la nouvelle envoyée (et non retenue) pour l'Appel à Texte de l'Anthologie "Ouvres-Toi", de la Maison d'Edition CeZaMe. J'attend leur avis, car elles ont décidé (les éditrices en chef ;)) de donner pour chaque nouvelle un avis, un conseil, histoire d'expliquer ce qui leur a plu ou non.

En attendant, je vous livre cette nouvelle en plusieurs exemplaires et attend vos propres commentaires...





« Ouvre-toi ! »

Les mots atteignaient son esprit plus que ses oreilles. Qu’est-ce que cela voulait donc dire ?

« Ouvre-toi ! »

Mais que se passe-t-il à la fin ? Deviendrait-il fou ? 

« Ouvre-toi au monde des rêves ! »

« Qui me parle ? », hurla-t-il.

 

Arnaud sursauta. Il était assis dans son lit, les cheveux en bataille, la gorge sèche et les yeux encore à demi-clos par le sommeil. Que lui arrivait-il ces derniers temps ? Il n’avait de cesse de faire ce rêve incompréhensible. Il n’osait en parler à personne, de peur de se faire enfermer dans une des vieilles cellules du château afin de lui faire regretter sa folie passagère. Il se laissa tomber sur les coussins dans un long soupir. Son regard se porta sur les broderies du baldaquin. Elles étaient magnifiques malgré leur âge avancé – presque deux cent ans d’après les experts – et jamais il ne se serait douté un jour de pouvoir vivre dans un pareil spectacle. Une partie de la demeure datait à peu près du début du Moyen-age, à part quelques meubles et objets acquis plus récemment par l’ancien occupant. Elle avait ensuite évoluée en fonction des occupants. Voici qu’il était devenu propriétaire à présent. Et pas de n’importe quoi…D’un château…Enfin pour lui, la bâtisse avait la taille d’un château. Le notaire, lui, avait précisé : « Vous venez d’hériter d’un manoir, mon cher Monsieur. », devant les yeux écarquillés d’Arnaud. Il fallait voir le manoir : des dizaines de pièces, une cour immense, des restes de fortifications, des champs à n’en plus pouvoir, des dépendances un peu partout pour les employés… Cela faisait à peine deux jours qu’il était arrivé, et il ne savait déjà plus où donner de la tête.

Et voilà qu’à présent, il commençait à délirer et à entendre une voix lui murmurer : « Ouvre-toi ! ». Il espérait de tout son cœur que cela soit du à l’air de la campagne et non à des soi-disant fantômes dont parlent tous les serviteurs. Ils avaient beau murmurer en croyant que leur nouveau maître ne les entendait pas, mais Arnaud avait l’ouïe plus fine qu’ils ne le pensaient.

 

Il se leva et alla contempler la nuit étoilée par la fenêtre. Tout semblait si calme à l’extérieur, alors que son cœur battait encore la chamade après son drôle de rêve. La voix revint encore le hanter, mais ce n’était plus que son souvenir. Elle était douce mais pressée, apaisante et à la fois tellement étrange qu’il en ressentait encore des frissons le long de l’échine.

Il prit la décision de descendre afin de se rafraîchir et de boire un verre. Sa gorge était encore sèche de sa dure nuit. D’un pas lent, il se mit à descendre les marches et à longer les couloirs jusqu’à la cuisine. La cuisinière et ses apprentis n’étaient pas encore au travail, ce qui le rassura quelque peu. Il se voyait mal expliqué son insomnie à une heure aussi tardive.

 

Ne voulant pas retourner tout de suite dans sa chambre – le sommeil semblait l’avoir quitté – il traversa l’immense salon et se retrouva sur la terrasse, à l’arrière du bâtiment. Il repensa à ce qu’il lui était arrivé depuis deux semaines. Tout était allé trop vite. D’abord la convocation chez le notaire, puis la lecture du testament de son soi-disant bienfaiteur. Le fameux papier expliquait qu’il était le dernier héritier d’un certain Comte David, du côté de sa défunte mère, quelqu’un dont il n’avait jamais entendu parlé et donc jamais rencontré. Simple gentilhomme à la naissance, il venait d’acquérir le titre de seigneur d’une ancienne villa fortifiée, transformée par son prédécesseur en manoir. Il allait devoir tout apprendre. La gestion d’un domaine, des paysans, de sa nouvelle fortune, tellement de fonctions pour lesquelles il n’avait pas été préparé.

Sans s’en rendre compte, il était retourné près de son lit. Il s’allongea, éteignit la dernière chandelle sur la table de chevet et tenta de s’endormir.

 

La nuit se poursuivit sans rêve cette fois-ci, contrairement à la journée, qu’il survola d’un air absent, plongé dans ses pensées. Il écoutait son interlocuteur qui était inlassablement passionné par la gestion des comptes et des champs. En parcourant pour l’énième fois un des couloirs de la demeure, quelque chose attira soudain son attention. Des portraits et des statues la décoraient mais une des peintures surtout l’intrigua. Il laissa le régisseur continuer seul sa route, reparti dans un long monologue incessant, quand il s’arrêta à la hauteur de l’œuvre. C’était la représentation d’une jeune femme, très belle ou du moins qui dégageait beaucoup de charme et de vitalité. D’ailleurs, Arnaud aurait juré que l’artiste avait voulu rendre son œuvre aussi vivante que son modèle. Et il semblait avoir réussi. Sans savoir pourquoi, ce visage ne lui semblait pas inconnu, et ce qui l’avait attiré, c’était le bijou autour de son cou. Evidemment, elle devait être de la famille, puisque c’était le même objet que lui avait légué le Comte et qu’il avait enfoui dans une des commodes de sa chambre.

C’était un pendentif peu commun de l’époque actuelle. En tout cas, il se voyait mal le porter en société, il l’avait donc mis dans un tiroir avec d’autres objets peu usités mais ayant une importance sentimentale ou pour certains, financière. Ses yeux ne quittèrent pas la dame jusqu’à ce que le régisseur, apparemment revenu sur ses pas, ne l’interpelle.

— « Oh ! Veuillez m’excuser sire, j’étais, semble-t-il, absorbé par ce magnifique portrait. Continuons à présent, je vous prie. »

L’homme continua donc à lui expliquer ce qu’il restait comme denrées et les travaux qu’il faudrait commencer à réaliser afin d’améliorer la production et surtout les comptes du domaine.


Par Opheliane
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