La porte claque. Le gardien referme la serrure. Le bruit de la clé se met à résonner dans ma tête. Mes jambes perdent de leur force, je tombe à genoux, les mains sur mon visage ruisselant de sueur. Que se passe-t-il ?
Pourquoi ? Pourquoi suis-je enfermé ici, seul ? Je sens encore les fers à mes poignées et à mes chevilles. Cela me brûle.
Il fait très sombre, je distingue à peine les contours de ma couche de paille. Une petite fenêtre se trouve au dessus, parsemée de barreaux, laissant passer le vent. Que dois-je faire ici, qu’attendent-ils de moi à présent ?
POURQUOI ? La question ne fait qu’empirer mon mal de crâne sans en faire venir la réponse. Je ne me souviens de rien. On est venu me chercher, puis l’on m’a emmené dans cet endroit, attaché solidement et entouré de gardiens. Pour quelle raison ? Je ne l’ai même pas demandé. Je ne le sais pas. Personne n’a pris la peine de me le dire. Je rampe jusqu’à la paillasse et m’adosse au mur.
Des bruits de pas me réveillent. Je me suis assoupi, impossible de savoir pendant combien de temps. Ils se rapprochent, je me recroqueville dans le coin de ma cellule. J’espère et je redoute à la fois qu’ils ouvrent ma porte. Les pas s’éloignent doucement. Je sens mes paupières tomber de nouveau.
Je me réveille en sursaut. Où suis-je ? Que se passe-t-il ? La porte. On frappe à la porte. Je ne vois presque plus rien. Je rampe vers où provient le bruit. On semble prononcer un nom. Le mien sûrement. Je me hisse à l’aide du mur et essaye de répondre à l’appel. Impossible. Ma bouche n’émet aucun son. Ai-je pu prononcer un mot déjà ? Je tape sur la porte pour faire connaître ma présence. Je sens quelque chose se cogner à mon pied. Je me baisse. C’est humide, rond. J’essaye de prendre ce qui semble être un plat. L’odeur âcre me monte au nez. Mon estomac se réveille enfin et réclame son dû. Je tente de me diriger à l’opposé de la porte pour manger.
Mes paupières lourdes d’ennui se lèvent doucement. L’assiette est toujours là, sur mes genoux. Il ne reste plus rien. Je lève la tête. Mais où est donc passée cette fenêtre ? Y en avait-il une au moins ou l’ai-je rêver ? Non, ce n’est pas un rêve, peut être un cauchemar. On ouvre ma porte. La serrure fait un bruit énorme dans le silence de la pièce. Les pas s’approchent, on me parle, je ne peux pas répondre, je ne comprends pas ce qu’ils disent. Ils me soulèvent brusquement, leurs mains sous mes aisselles suintantes. Mes forces m’ont quitté. Je ne tiens plus sur mes jambes et mes pieds traînent sur le sol. Des lueurs me brûlent les yeux, il continue de faire sombre, je distingue à peine les formes qui m’emmènent.
J’entends plusieurs voix, différents tons. On semble me hurler dessus. On me fait asseoir dans un fauteuil, brutalement. Il est doux et moelleux au toucher. J’ai l’impression de ne pas y voir et pourtant je sens que mes paupières sont ouvertes. Les mots s’envolent dans la pièce, tous parlent en même temps. Une langue incompréhensible. Une porte s’ouvre et une autre personne s’approche. Je sens une main se poser sur mon épaule.
La suite par ici ...
-« Comment vous sentez-vous ? »
La voix m’est inconnue mais je comprends enfin quelqu’un. Elle résonne comme un doux refrain à mon oreille. Un sourire veut étirer mes lèvres mais cela me fait mal. Je hausse les épaules en repensant à la question.
-« Savez vous où vous êtes et pourquoi vous êtes ici ? »
J’indique deux fois un non du menton et un silence s’ensuit. Ils se mettent à parler dans leur langue, les voix s’échauffent. Mes yeux commencent à distinguer des mouvements en face de moi. Des ombres passent, très rapidement. La main amicale se repose sur mon bras cette fois. Son propriétaire me fait face apparemment.
-« Vous êtes accusez d’un crime, vous souvenez vous de quelque chose ? »
Ma bouche s’ouvre d’étonnement. Aucun souvenir ne me vient à l’esprit. Je ne peux pas me défendre, mes mots ne veulent pas sortir. Je n’ai rien fait. Pourquoi m’accuse-t-on ? Je ne sais même plus qui je suis. Je me redécouvre à chaque réveil. Je ne vois pas bien, je ne peux pas parler, je ne suis pas d’ici, j’ai peur…
-« Répondez bon sang ! »
Je tente d’articuler un non avec mes lèvres tout en hochant la tête négativement. Ma vue commence à revenir, la lumière me fait mal, je garde quand même mes yeux ouverts. Peut être est-ce un espoir de retrouver la vue. Je vois bouger les ombres en face de moi, elles s’agitent étrangement, la tension a l’air de monter de plus en plus, je la sens, elle est presque palpable.
La suite ? Par là...
-« Si vous ne nous répondez pas, vous serez exécuté ! Alors faite un effort bon sang !! »
Mes épaules se haussent d’étonnement. Comment vais-je faire pour répondre ? Je n’arrive plus à parler. J’essaye alors par des gestes de leur faire comprendre que je ne peux pas leur répondre, qu’aucun son ne sort de ma gorge, que je n’y peux rien !
-« Vous êtes muet ? C’est ce que vous voulez me faire comprendre ? »
Je hoche la tête frénétiquement, content de me faire enfin entendre. Les conversations reprennent de plus belle, agitées, sonores. Je crois un instant que mon crâne va exploser à cause de tout ce vacarme. Mes mains essayent de faire taire ce bruit en se plaquant contre mes oreilles. Je veux hurler pour que le mal s’arrête mais je ne peux même plus. J’entends à nouveau la voix qui me paraissait si réconfortante au début. Ses mains retirent les miennes de mes oreilles, délicatement, comme si j’étais un objet précieux.
-« Monsieur, écoutez moi. On ne peut plus rien faire pour vous. Vous ne serez pas condamné à mort, mais vous allez devoir rester ici pendant encore très longtemps. Je suis navrée. En absence de preuve de votre innocence, on vous gardera ici. Il va vous falloir être patient… »
Je n’écoute même plus la suite de son discours. Mon esprit se ferme peu à peu et se replit sur lui-même. Je sens que l’on me soulève de la même manière qu’à l’aller. J’ai encore moins de vitalité. Je me sens tomber dans un abîme sans fond. Tout redevient noir, j’entends les serrures se refermer bruyamment puis plus rien. Le vide. Le noir. L’absence.
Petits messages